Partenaires - Frère V-A d'AVILA LATOURRETTE
Découvrez frère Victor-Antoine en toute simplicité
Les recettes du moine béarnais régalent les Américains 
Aux États-Unis, ses livres se vendent comme des bûches de Noël. Frère Victor-Antoine, 66 ans, moine bénédictin né dans le Béarn, s'adresse à ceux qui préfèrent les légumes à la viande et apprécient les douceurs. Son credo : cuisiner, c'est donner, c'est aimer. Confessions dans son monastère où, quand il ne cuisine pas, il cultive son potager.
NEW-YORK (de notre correspondante). - Rien n'est plus pénible à frère Victor-Antoine d'Avila-Latourrette que de se raconter. Plusieurs jours avant d'être interviewé, il juge prudent d'envoyer un message pour prévenir : « Il n'est pas facile de parler de soi quand on est moine. Ce n'est pas dans la culture monastique et cela génère des tensions. J'ai déjà été critiqué dans certains milieux pour le simple fait d'écrire des livres de cuisine. Alors, imaginez un peu si, en plus, on fait un portrait trop personnel de moi dans la presse internationale... ».
Ce n'est donc que du bout des lèvres que ce bénédictin discret, que toute l'Amérique du Nord surnomme the best selling cooking monk (le moine qui vend le plus de livres de cuisine), dévoile quelques étapes importantes de son existence, dans un joyeux mélange d'anglais et de français : « Quand on me demande où je suis né, je me plais à répondre : au Ciel, et c'est là que je retournerai à ma mort ! En fait, j'ai vu le jour il y a 66 ans dans les Pyrénées, à la frontière franco-espagnole. J'ai grandi dans la région de Biarritz avant de rejoindre l'ordre de saint Benoît. Puis, j'ai été envoyé dans des monastères en Espagne et en Italie avant de venir m'installer ici, à La Grangeville, dans l'État de New York, il y a une trentaine d'années. Je n'ai rien demandé, c'est la Providence qui en a décidé ainsi, sans doute quelque peu influencée par le fait que je parlais anglais ! »
Difficile, pourtant, de rester dans l'ombre du monastère de Notre-Dame-de-la-Résurrection quand on est un écrivain à succès du calibre de frère Victor-Antoine. Sorti en 1975 aux États-Unis, son premier livre de recettes, sobrement intitulé From a Monastery Kitchen, s'est vendu à 1 150 000 exemplaires et a été régulièrement réédité pendant quinze années. Ses Bonnes soupes du monastère, sur lesquelles il a planché six ans, furent numéro un des ventes aux États-Unis en l'an 2000 (1,5 million d'exemplaires) avant d'être traduites dans sept langues dont l'allemand, l'italien, le néerlandais et le japonais. Son dernier best-seller, Les bonnes salades du monastère, est paru début 2006 au Canada et en avril en France suivi, au mois de novembre, de A la table des moines, recettes simples et savoureuses du monastère. De quoi attirer l'attention sur leur auteur, qui, au fil des ans, est devenu sans le vouloir un habitué de la chaîne spécialisée Food Network et a eu les honneurs de l'un des grands talk-shows du matin, le Good Morning America d'ABC.
Début décembre, on se presse dans ce petit monastère pour la foire au vinaigre fabriqué comme au XIIe siècle, et très prisé des grands chefs new-yorkais. Les recettes du rendez-vous, la littérature culinaire du frère, la vente des produits du potager et une modeste activité d'hôtellerie - quatre chambres, louées uniquement à la belle saison pour des retraites - parviennent à maintenir les finances du monastère à flot. Les recettes du premier best-seller ont ainsi permis d'acheter une camionnette afin de transporter les moutons et les poules de la ferme. « Mes ouvrages sont le principal gagne-pain de notre communauté, et je n'ai pas à me plaindre. L'écriture est une activité qui me convient. Elle me permet de travailler sans sortir d'ici, tout en poursuivant la vie monastique, la prière et la méditation. »
Modeste, le moine attribue son succès à la mode de l'alimentation biologique et végétarienne : « La cuisine monastique est simple, économique, faite avec des ingrédients de proximité. En un mot, saine, ce qui redevient une valeur prisée par les sociétés occidentales. » À la viande - qu'il ne s'est décidé à manger qu'une à deux fois par semaine sur recommandation de son médecin - le frère préfère les légumes, qu'il prend plaisir à cultiver dans son potager « bio ». Son péché mignon ? « Les lasagnes aux blettes et aux champignons ! C'est une très belle recette pour l'hiver, capable de réchauffer les coeurs et les corps. »
Extrait d'une interview
d'Isabelle LESNIAK
Ouest-France - 23.12.2006
The Monastery of Our Lady of the Resurrection
Barmore Road
Lagrangeville New York 12540
